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Interview de la championne de France LD 2008 , Chritel ROBIN

Peux tu très rapidement revenir sur ton début de carrière et sur la saison 2008 ?

Ma carrière n'est pas bien longue pour l'instant, puisque j'ai attaqué le tri en 2ème année de junior. Cette année-ci a pourtant été encourageante d'emblée avec deux podiums aux France de duathlon et triathlon (2ème et 3ème) et une sélection aux Europe de duathlon (5ème). Arrivée en U23, j'ai participé aux France à Charleville où j'ai obtenu une satisfaisante 3ème place ; puis j'ai décidé de consacrer ma fin de saison à mon premier long, le 70.3 de Monaco, et d'essayer ainsi de me qualifier aux mondiaux à Clearwater. Ce fut chose faite et ma 15ème place m'a apporté beaucoup dans ma façon d'envisager l'avenir et le chemin pour arriver au top.
Vint ensuite la saison 2008, avec tous ses beaux souvenirs. Mon titre de championne de France longue distance m'a ouvert un horizon en plus de m'apporter un immense bonheur. Après les championnats de France de cyclisme CLM (4ème en espoir) et le 70.3 de Monaco (4ème également au terme d'une belle lutte), j'ai terminé, comme l'année précédente, par les Monde 70.3 (13ème).


Comment se fait - il qu'après de bons résultats en junior, tu sois directement passée au longue distance en seniors ?

Avec ma 3ème place aux France de triathlon junior, je pensais être sélectionnée pour les Europe, sachant que quatre filles devaient y aller. Mais la fédération m'a fait comprendre que mon niveau en natation était insuffisant (à juste titre certainement, mais quand on est très investie, c'est un refus vraiment décevant). Et plutôt que de suivre la voie classique qu'empreintent les jeunes, j'ai eu envie de passer tout de suite à la distance half et de goûter aux joies du long. Car j'ai toujours adoré l'effort long ; petite, je faisais beaucoup de montagne avec mes parents, et c'est un type d'effort où l'on se retrouve seul avec soi-même. C'est ça qui me séduit avant-tout. Et malgré les dires de beaucoup de personnes (il y en a toujours), je ne regrette pas du tout d'avoir peut-être brûlé les étapes !!!

Le passage de juniors à seniors propose soit le haut niveau sur CD avec drafting soit sans drafting mais que sur longue distance dès 19 ans ? Penses tu qu'il manque quelque chose dans cette transition ? Du CLM par exemple ?

Je pense qu'on peut dire qu'il manque des choses dès lors qu'il y a un problème. Là, ce n'est pas le cas, j'aime ce que je fais, je progresse, j'ai appris à géré un entraînement de longue distance, en évitant la blessure et le sur-régime. De plus, le top niveau sur 70.3 va très, très vite, ce qui me pousse à, en plus de faire du volume, garder à l'esprit qu'il faut impérativement continuer à développer ma vitesse de base. Je ne me transforme donc pas en diesel, et je pense que c'est important. C'est vrai qu'il est dur de faire et du volume, et de l'intensité, mais c'est un équilibre à trouver, et quand on a envie, cela passe (presque :-) ) tout seul.

A ton avis d'où vienne tes excepetionnelles qualités en vélo ?

Merci pour le compliment... J'adore cette discipline et je pense que déjà, avoir très envie de monter sur son vélo pour aller se balader dans l'arrière-pays aide beaucoup les chose. En tout cas, m'assoir sur un vélo a été assez naturel. Peut-être cela vient-il des années de danse classique que j'ai faites et qui m'ont apporté de la souplesse, mais je me suis vite sentie à l'aise. Puis un grand merci à mon papa, pour les bonnes cuisses qu'il m'a transmises... Et oui, ce n'est pas très féminin, alors au moins, si elles peuvent me servir à quelque chose ! :-)

Tu sembles aussi avoir beaucoup progressée en course à pied ? La raison ?

J'ai été très heureuse de faire 35'37 à Cannes en février ! Ce n'est qu'un chrono, mais c'est vrai que pour moi, ça veut bien dire qu'on peut travailler le long et améliorer sa vitesse de base en parallèle, ça rejoint ce que je disait plus haut. En ce qui concerne la raison de cette progression, je pense que c'est le résultat du travail de la fin de saison dernière (je ne fait pas de 10kms pendant la saison et ne peux donc pas noter des progrès concrêts pendant l'année), travail que j'ai pu réveiller avec quelques séances au mois de janvier. En plus, j'ai travaillé un peu techniquement, le placement de mes bras, le fait de monter les genoux. Et puis certainement que les choses se mettent en place petit à petit. Je suis jeune dans la discipline et il fallait que certaines choses se soient calées.

Penses tu pouvoir aussi progressivement combler ta relative faiblesse en natation ?


J'y travaille, j'y travaille ! Et je m'arrache les cheveux !!! Là aussi, il faut que les choses se mettent en place, mais forcément, elles ne le font jamais assez vite à mon goût ! D'où les "mais pourquoi !?!" que je peux hurler, oui, après certaines séances ! Sérieusement, la natation étant un sport très technique et qui demande une grande concentration, certains matins sont difficiles avec la fatique des séries à vélo ou à pied de la veille. Mais je me donne énormément et donc je me dis qu'il n'y a pas raison que cela ne paye pas ! L'espoir fait vivre, c'est ça ?

Ton investissement dans ta pratique semble important. Qu'en sera t - il dans l'avenir ? Quels sont tes objectifs à long terme ? Et qu'est ce qui pourrait te freiner dans ton investissement ?

Effectivement, je me donne à fond dans ce que je fais, parfois trop ! Car j'ai beaucoup de projets, il y a énormément de choses à vivre dans ce sport, plein de belles courses à faire et de choses à partager avec ses proches. Et j'ai pour objectif de passer sur la distance Ironman, et, à terme, de briller à Hawaii, qui sait ! La route sera longue, et des freins tels que des blessures peuvent poser problème, mais c'est d'avoir de beaux projets qui me fait avancer.

Penses tu que le triathlon soit menacé par le dopage ?

Oui, je pense que le triathlon est menacé par le dopage, comme tous les autres sports d'endurance où l'on s'envoie de grosses doses d'entraînement et où la densité à haut niveau est forte. Ce qui nous sauve pour l'instant, c'est que de très grosses sommes d'argent ne sont pas encore en jeu, la médiatisation n'est pas maximale ; mais si nous laissons petit à petit s'instaurer la culture du dopage dans notre sport, la menace est bien réelle !

Dès le lancement d'AFT alors que tu n'étais pas encore sur les listes SHN, tu as été une des premières à souhaiter t'investir, pourquoi ?

Ce qui est beau dans le triathlon, c'est l'exploit humain, c'est enchaîner les trois disciplines de manière spectaculaire, et ce qui fait rêver les gens quand on les entend parler du triathlon, c'est ce côté un peu surhumain, mais pourtant bien réalisable. Hors, le dopage dénature le triathlon, car si l'on commence à s'aider de substances, on enlève tout le caractère magique. Puis c'est interdit, m**** !!! On n'a pas à tricher, c'est comme partout, il y a des règles, et on doit s'y tenir, sans parler du côté nocif des produits pour le corps humain. J'ai donc voulu me rallier à cette cause car je souhaite pouvoir pratiquer ce sport à haut niveau et partir à égalité avec mes adversaires sur la ligne de départ. Et si l'on ne s'engage pas pour lutter contre le dopage, comment alors éduquer les générations futures ?

Est ce que tu te sens une responsabilité par rapport aux nouvelles générations ou bien cet investissement dans la lutte anti dopage est il simplement une démarche personnelle ?

Comme je viens de le dire, les athlètes de haut niveau, parce qu'ils ont la possibilité de faire parler d'eux et parce que ce sont en quelques sortes les "modèles" des générations à venir, ils se doivent d'oeuvrer dans ce sens. C'est bien beau de dire que les instances de contrôle ne font pas leur bouleau, mais si l'on a l'impression que cela convient aux athlètes car finalement très peu osent s'engager, et bien on ne fait pas avancer les choses. Pour que les jeunes souhaitent un sport propre, c'est comme pour tout, il faut qu'ils aient des exemples qui jouent le jeu !

Tu testes actuellement le nouveau suivi de l'AFLD. Peux tu nous en dire plus ?

Le suivi de l'AFLD est un suivi très précis qui soumet l'athlète à fournir, chaque trimestre, son emploi du temps, sa localisation précise, en fait, ainsi qu'un créneau d'une heure par jour dans lequel il est susceptible de pouvoir subir un contrôle inopiné. Au premier manquement, c'est un rapport ; au troisième, c'est une sanction, par exemple une suspension de deux ans. Il est vrai que c'est très contraignant pour l'athlète, on a l'impression d'être pisté, mais ça me paraît nécessaire pour éduquer les sportifs et leur imposer une discipline sans faille.

Que t'inspires le fait qu'AFT doivent stopper pour l'instant son activité lié à la diffusion des données du fait d'un manque de volontaires ?

Ca me paraît fou que les athlètes ne se bousculent pas au portillon pour s'investir auprès de l'AFT ! C'en est presque honteux, à croire que cela ne les gêne pas plus que le dopage devienne monnaie courante ! Peut-être que c'est le caractère un peu contraignant de la chose qui arrête les athlètes, peut-être faut-il encore un peu de temps pour que cela rentre dans les mentalités...

As tu des idées nouvelles pour à lutter ou prévenir le dopage ?

Je pense qu'il faut systématiser les contrôles sur les courses importantes, c'est surprenant que certains gros événements échappent aux contrôles. Puis, il faut multiplier les campagnes TV, écrites, expliquant les dangers du dopage et essayant d'encrer les valeurs et la nécessité d'un sport sain. Envoyer des intervenants, des sportifs pro par exemples, dans les clubs chez les jeunes me paraîtrait intéressant également !

Un petit mot sur tes objectifs 2009 ? Le multr'Indoor ?..


Au programme de cette saison 2009, quelques belles courses, plus de LD que l'an dernier, à commencer par le LD (distance half) de Lisbonne, le 25 avril. Les France LD à Belfort, le 6 juin, sont aussi un gros objectif, j'essaierai de conserver mon titre ! Puis les 70.3 d'Anvers, en août, et de Monaco, en septembre, suivront. Sous réserve de qualification, je terminerai l'année par les monde ITU en octobre et les monde 70.3 en novembre. L'objectif de cette année sera donc de progresser encore sur le long et de me rapprocher le plus possible du top niveau sur des épreuves comme Clearwater.
Quant au Multr'indoor, ç'aurait été avec plaisir, mais entraînement et volume obligent... Sortie longue au programme, et comme dirait le coach, la sortie longue du dimanche, c'est sacré ! Pourtant, ce n'est pas l'envie de venir tester les home trainer qui me manque ! lol

Quand te verra - t - on pour la première fois sur Iron Man ? Hawaii ?


Un gros "?" ! Pour l'instant, ce n'est pas encore prévu ! Les deux étapes sont au programme, mais j'ai encore beaucoup à progresser sur le MD, et pour le coup, je vais passer un moment sur la distance intermédiaire, pour me rattraper de mon bref passage sur le court !!! ;-)