News

Jeanne Collonge n'a pas dit son dernier mot !
( par Jeanne Collonge et cb le 19/10/2009 )


On a pu lire ici où là que Jeanne Collonge tournait le dos à la fédé, se lançait sur le long, etc… Il semble bon de revenir sur la saison de Jeanne et son avenir dans le triathlon.

1ere partie de saison tout pour le court !
Intégré dans le collectif féminin pour les JO de 2012, la saison 2009 a débuté avec pour objectif de se préparer au mieux pour les objectifs fédéraux. Les tests de début de saison imposés par la fédération (bien que tout le monde ne semble pas loger à la même enseigne ?. ) ont été un premier objectif contraignant dans la préparation, avec pour résultat 2 confirmations : une progression en course à pied avec un chrono de 35' , mais toujours des difficultés en natation…
Jeanne : Je pense que des tests sur 1500 m natation et 10km sur piste ne sont pas vraiment significatifs du niveau des athlètes en triathlon, car d'une part il manque le vélo, et d'autre part l'enchaînement des 3 disciplines n'est pas du tout pris en compte. Pour ma part, la natation a été un échec, contrairement à la course à pied. En plus, il fallait être prête pour ces tests, et ensuite sur toutes les autres courses qualificatives pour les monde. C'était difficile à gérer.

Il a ensuite fallu ce tourner rapidement vers un enchainement de course et de déplacement compliqué à gérer entre les épreuves fédérales et le grand prix pour lequel le club de St Etienne semble ne pas pouvoir se passer de Jeanne. La 1ere Coupe d'Europe et les championnats d'Europe U23 se sont malheureusement déroulé dans des conditions climatiques difficiles avec lesquelles Jeanne n'a jamais réalisé de grandes performances.. Jeanne est même victime d'une chute en vélo aux championnats d'Europe…
Jeanne :
J'ai eu envie de tout réussir dès le début de saison, car les objectifs étaient déjà de taille, tout ça pour me qualifier aux championnats du monde U23. Au final, la pression que je me suis mise a été plutôt néfaste : être performant tout le temps est quasiment impossible naturellement… A vouloir trop bien faire, j'ai loupé les 2 premiers objectifs qui me tenaient à cœur : les France et les Europe.

Les championnats de France sont un peu meilleurs avec une 2e place en U23. Mais cela ne permettra pas à Jeanne d'être sélectionné pour les championnats du Monde U23.
Jeanne :
Comme je l'ai dit, je n'ai pas vraiment été satisfaite des championnats de France. Le déroulement de la course n'a pas été celui que j'espérais. Je n'ai pas assez bien nagé et le début du vélo a été très dur. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. Il n'y a qu'en course à pied que j'ai pu revenir à la 4è place. Ce n'était donc pas très positif !

Le choix...
Après le grand prix de Beauvais (En 2009, Jeanne aura disputé l'ensemble des grand Prix pour l'ASMSE Tri 42 et ceci sans doute au détriment des objectifs fédéraux, mais cela reste son choix), nous sommes alors déjà mi juin et Jeanne est sollicité et enchaine les compétitions depuis le mois d'avril. La fédération propose une nouvelle coupe d'Europe, voir une Coupe du monde en juillet, mais Jeanne ne peux raisonnablement pas continuer ses efforts et nous décidons de couper complètement une semaine début juillet….
Jeanne : J'ai eu du mal à prendre une décision quant à cette Coupe d'Europe, qui allait pouvoir me servir à participer à la Coupe du monde début août. Déjà, je ne savais pas si j'avais réellement envie de participer à une CM sachant que je risquais de ne pas m'y faire plaisir, aux vues de ce que j'avais fait en ce début de saison. Alors pourquoi faire cette Coupe d'Europe qui tombait mal dans mon calendrier… En même temps, j'ai ressenti une certaine pression de la part de la Fédération qui m'a plus ou moins dit que si je ne faisais pas ces 2 courses, ma qualification pour les monde U23 était en péril ; ce que j'ai trouvé plutôt injuste car ce n'était en aucun cas marqué sur les critères sélectifs officiels. Cette année, j'ai eu l'impression d'être sans cesse obligée de performer sur toutes les courses, et il est venu un moment où j'ai ressenti que cette pression m'épuisait, autant physiquement que moralement.

Vient alors la question de la suite de la saison ? Jeanne apprend via un site internet ( ? ! !.. ) qu'elle n'est donc pas sélectionné pour les championnats du Monde U23. Cette non sélection n'est pas vraiment une surprise au vu de la première partie de saison et si l'on se souvient que Jeanne avait terminé avant dernière lors de sa dernière participation à cette épreuve..
Jeanne : Voilà ce qui m'a le plus blessée et qui explique mon silence sur la suite de ma saison : personne n'a pris la peine de m'appeler pour me dire que je n'étais pas sélectionnée aux championnats du monde U23. Je comprends la décision de la Fédé, mais je ne comprends ceci. En effet, c'est en allant sur Onlinetri par hasard que j'ai vu que mon nom n'était pas sur la liste des sélectionnées. J'avoue que ça a été dur, et que j'en ai voulu à la Fédé de son silence et de son indifférence.
Comme je ne voulais pas en rester là, j'ai préféré rebondir et me fixer de nouveaux objectifs, dont l'Alpes d'Huez et Monaco.
Cette décision n'était pas du tout une attaque contre la Fédé. Juste une envie de me faire plaisir et de me prouver que je pouvais réussir. Malgré tout, je suis encore concentrée dans la Préparation Olympique, et je souhaiterais m'y maintenir pour voir jusqu'où je peux aller. Je ne veux rien regretter !

Des questions ?..
C'est alors le moment de grande discussion et de remise en cause… !
Sur le triathlon CD de haut niveau (Championnat du monde, coupe du Monde, etc..) , il faut un niveau ''minimum'' en natation ( nous y reviendrons ) et aussi être capable de faire des courses dans la course… Hors, Jeanne n'a jamais eu cette faculté. Si l'on fait un rapide retour en arrière, toutes ces bonnes performance ont été réalisées soit sur des courses très durs (Schlersee, GP Embrun) et/ou sur des courses s'apparentant plus à des courses sans drafting (divers chpt de France, Chpt Europe junior Autun) soit avec un concours des circonstance favorable en natation et vélo (cf Europe U23 2008).
Une grosse partie de l'entrainement depuis 3 ans porte pourtant sur un travail spécifique : travail en groupe en vélo, divers enchainements, travail explosif, travail musculation, travail psychologique, mise en condition, etc.. Et si de belles améliorations en sont ressorties force est de constater que cela reste insuffisant pour le très haut niveau sur courte distance.
Jeanne : Je sais pertinemment que j'ai une marge de progression plus réduite en natation qu'en vélo ou en course à pied. Malgré tout, je commence à mieux me connaître et j'ai trouvé des points sur lesquels je me plais à travailler en natation. Je pense qu'il y a aussi tous les détails tactiques et techniques, tels que les transitions, que je peux encore perfectionner ! Mais j'ai souvent eu l'impression de n'être soumise qu'à une seule exigence : nager, nager, nager… Sinon, la course est finie ! Sur ce type de course où le drafting est autorisé et où les différences ne peuvent pas se faire en vélo, je n'ai jamais eu l'impression d'être actrice de la course. C'est tout de même décevant quand on sait que le triathlon regroupe trois sports…

L'analyse.
Chaque individu possède des qualités naturelles, chaque triathlète possède des capacités propres. Si l'on se permet un rapide et petit retour historique, on peut citer les très bons nageurs-rouleurs ( Dafflon , Houseaux, Cordier, Loisel, Sudrie, voir Franck Bignet*, etc.. ) qui auraient tous tant aimer pouvoir courir un jours comme Allen, Lessing ou Gomez… . Tous ceux qui malgré des années d'acharnement ne parviennent pas à un niveau suffisant en natation ( Cazorla, Girard, Lafarge, Degham, Lebrun , Louison, Bastie, voir Fleureton * , etc … ), eux qui auraient pourtant tant aimé nager comme Poulat ou Bignet ! Et en allant plus loin, on peut aussi citer en LD , les grimpeurs qui auraient voulu devenir rouleur ou l'inverse…
Mais les triathlètes ont quelques choix ! Le CD avec drafting, bien que certains voudraient le faire croire n'est pas le but ultime. Notre sport et même s'il le faut d'autres sports ( exemple de Tuerig ou Pittel ) présentent bien des pratiques qui peuvent permettre à chacun de s ' épanouir suivant ses qualités ! Cazorla, Girard, Lafarge, Lebrun, Dafflon, Houseaux, Cordier, Loisel, et Louison ont ( ou ont eu.. ) de superbes carrières en construisant leur palmarès sur des épreuves qui correspondent à leur qualité. Sudrie en se tournant sur le sans drafting semble prendre la même voie…. Tous sont - ils moins admirables ou respectables que Bignet et Fleureton ?..
La démarche d'athlètes comme Bignet et Fleureton qui, malgré les difficultés et sans doute des avis contraire, ont persévérés et continuer à progresser sur leur point faible jusqu'à réussir à s'imposer parfois sur les épreuves de plus haut niveau est admirable et respectable. Mais tous les 2 n'ont pu atteindre ce qui semble être le ''gral'' du CD : les JO !... Loin des exceptions qui confirment la règle, il est bon de rappeler que Cédric, grand " bagarreur ", était novice en natation et a construit une faculté à profiter de tous les éléments de la natation en eau vive. Et Franck, comme son frère Stephan avait un tel niveau dans les 2 premières disciplines qu'il pouvait espérer faire la différence avant la CP…
Jeanne Je suis d'accord sur le fait qu'il est difficile de changer les qualités premières d'un athlète, même s'il n'est pas impossible de faire de ses points faibles des points un peu moins faibles… Après tout, c'est aussi une motivation à l'entraînement de vouloir progresser sur ses faiblesses !

Hors pour revenir à Jeanne, en plus de son manque de goût pour les changements de rythme, les bousculades, les prises de risques, etc.. elle reste aussi très limite en natation par rapport au niveau demandé… Et même s'il faut se convaincre qu'il n'y a pas de limite ! On doit aussi bien admettre que plus on les repousse, plus l'espérance de gain devient minime… Même Bolt finira bien par ne plus battre ses records !
Un historique de l'athlète est primordiale, Jeanne nage depuis 15 ans, elle a plus ou moins arrêté la natation pour passer au triathlon parce que, comme on le dit souvent, elle " plafonnait " et avait de ce fait beaucoup de pression et de moins en moins de plaisir… Elle est donc tout sauf nouvelle dans cette discipline, où à son âge une Laure Manaudou a arrêté depuis 2 ans… Les avis avec ses entraineurs natation se rejoignent et ils semblent donc que quelques faits se regroupent...

La relation entrainé-entraineur...pas toujours simple !
Tous ces éléments sont donc abordés entre l'athlète et son entraîneur et si le discours doit rester positif, le " coach " se doit de dire ce qu'il pense à l'athlète. Et cela même si ce dernier préférerait plutôt entendre que tout est possible sans trop d'effort ! ou même que tout est possible avec énormément d'effort ! ou même encore que tout est possible avec énormément d'effort… voir un petit quelque chose en plus….
Dans un milieu de l'entraînement un peu ''business'', il est plus facile d'attirer et surtout de garder le client en promettant des miracles…
Alors certes, l'entraîneur comme toutes autres personnes de l'entourage de l'athlète est malheureusement susceptible de se tromper dans son analyse et son jugement… Nul n'est infaillible ! Une force de l'athlète peut être de lui démontrer qu'il se trompe en allant chercher ailleurs d'autre méthode , d'autre avis, … Et c'est aussi pour cela qu'il est important de ne pas mettre des barrières aux athlètes. La collaboration ne doit pas découler d'une obligation, mais toujours d'une volonté partagée d'avancer ensemble. (Ceci n'est pas toujours vrai en sport collectif où l'entraîneur est souvent imposé aux athlètes. Mais c'est un autre sujet !..)
Mais dans aucun cas l'entraîneur ne devra rompre la confiance construite avec l'athlète en mentant à celui ci ! Quel que soit le but du mensonge…
Jeanne: Je n'ai jamais attendu de mon entraîneur qu'il me dise que c'est très bien lorsque c'est faux. Au contraire, ça me donne la " rage " lorsque j'entends le contraire et j'ai envie de lui prouver qu'il ne m'entraîne pas pour rien ! Je pense que la relation entraîneur-entraîné est primordiale, et la confiance est un élément clé de la réussite. Si des éléments extérieurs viennent mettre le trouble dans cette relation, comme cela a été le cas pour moi dernièrement, cela devient compliqué moralement. Personnellement, j'ai pris des avis à droite, à gauche, j'ai analysé les pours et les contres, et j'en suis venue à la conclusion suivante : c'est Christophe à qui je fais le plus confiance, même avec du recul et en toute objectivité, et c'est avec lui que je veux rester.

Le constat, les choix de la fin de saison ( LD Alpes d'Huez, 70.3 Monaco )
Ces échanges et ce constat sont à ajouter au fait, plus qu'important, que le plaisir n'est pas toujours présent pour Jeanne sur ces épreuves avec drafting . Et le calendrier fédéral ne propose plus d'objectif motivant sur la 2e partie de saison.
Le choix est donc fait de participer pour la 1ere fois à une épreuve importante sans drafting et donc forcement longue distance… L'Alpes d'Huez est cet objectif ! Les caractéristiques de Jeanne l'a prédispose plus à des circuits sélectifs que roulant (et ce quelque soit le format avec ou sans drafting !..).
Ensuite, comme la sélection en équipe de France LD n'est pas d'actualité à Gerardmer (Les critères imposaient une participation aux France LD), le soleil de Monaco et une éventuelle qualification pour Clearwater prend le dessus sur la belle épreuve Vosgienne et son climat parfois rigoureux…
Jeanne : Retour sur ses 2 épreuves… Le triathlon de l'Alpes d'Huez est le plus beau souvenir de cette saison. D'une part parce que j'étais motivée à bloc, et d'autre part parce que ça s'est passé comme je l'espérais! J'ai pensé à cette course du jour où j'ai décidé d'y participer jusqu'à la fin. Ce type d'effort était nouveau pour moi et j'avais très envie d'y goûter. Ma natation s'est bien passée, mieux que sur un sprint ou un CD. En vélo, j'ai décidé d'être prudente car je savais que le parcours était très exigent et que pour être forte jusqu'au bout il fallait gérer. J'ai pu grimper l'Alpes d'Huez avec encore un peu de jus dans les jambes ! Ce qui m'a permis de faire une bonne course à pied et de revenir sur Erika Csomor, pour finir à la 2è place derrière l'intouchable Nicola Spirig.
J'ai ensuite décidé de faire Monaco, après avoir longtemps hésité avec Gérardmer. Je me suis dit que je pouvais me faire plaisir là-bas, et pourquoi pas me qualifier pour Clearwater, même si le plateau était relevé. Et en effet, je me suis fait plaisir ! Je suis contente de ma natation (sauf des méduses qui sont venues me chatouiller !), qui m'a montrée encore une fois que plus c'est long, mieux je nage. En vélo, j'ai essayé d'être proche de mon allure CD tout en en gardant, pour la suite… La course à pied a été une lutte acharnée avec Marion Lorblanchet ! Après être revenue sur elle, elle m'a redoublée à 2 ou 3km de l'arrivée pour finir 2è… J' " échoue " à 20 secondes d'elle, mais cette 3è place me satisfait beaucoup, et me permet d'aller à Clearwater !

Les Monde 70.3

Place maintenant aux " monde " 70.3, sur un parcours un peu différent de celui de l'Alpes et sur lequel Jeanne sera bien moins à son avantage. Mais contrairement à la natation, elle est complètement novice sur ce type d'épreuve et ses capacités à " rouler " seul face au vent reste à découvrir !..
Jeanne : Je suis consciente que cette course ne va pas ressembler à l'Alpes ni à Monaco, et que le profil n'est pas celui que j'affectionne ! Malgré tout, c'est un défit, et je vais voir si j'arrive à me défendre sur un parcours tout plat. Je suis très motivée et j'ai hâte de voir à quoi va ressembler cette course !


Conclusion

Cette 2e partie de saison a permis à Jeanne de retrouver du plaisir, mais aussi de s'entraîner et de nager avec moins d'attente et de pression. Elle semble forte, bien dans sa peau et épanouie dans sa pratique sportive ! Et cette démarche préméditée peut s'avérer profitable dans sa recherche de progression quel que soit le format de course… Car Jeanne n'a pas dit son dernier mot sur courte distance et elle tentera encore en 2010 de faire de son mieux sur les objectifs fédéraux. En sachant désormais que le triathlon n'est pas que cela et qu'un échec sur CD (qui ne sera jamais la fin du monde ! ) ne sera même pas la fin du triathlon du haut niveau ! Après à choisir entre le plus prestigieux… le court ? le long ? C'est un autre débat !..
Jeanne : Depuis que j'ai décidé d'arrêter de me mettre la pression en natation, je me sens mieux dans l'eau ! L'aspect psychologique doit y être pour beaucoup…
En ce qui concerne mon avenir en triathlon, je souhaite poursuivre le court pour voir jusqu'où je peux aller et surtout voir si je peux arriver au niveau pour me confronter aux meilleures de la distance. La Préparation Olympique est toujours un objectif pour moi. Cependant, je ne m'arrête pas à ça. Pour moi, le haut niveau en triathlon n'est pas que le court, que les Jeux. C'est aussi le goût du long, d'un effort différent, mais tout aussi glorieux. Je n'ai pas envie de me priver d'un autre Alpes d'Huez !
Surtout, je n'oublie pas que le triathlon n'est que du sport, et que le sport n'est bon que lorsque c'est un plaisir, une passion !